Impacts, « Grimpacts » et « Himpacts »

Je me trouvais à Bilbao, en Espagne, à enseigner un cours intitulé « Implémenter une stratégie nationale de recherche en santé » et lors d’une des sessions, des considérations éthiques concernant les impacts de la recherche ont été soulevé. Les « grimpacts », c’est-à-dire les effets négatifs que la recherche peut produire, furent mentionnés et j’inventais alors un nouveau terme, celui de « himpact » : les impacts de la recherche qui excluent les femmes et les personnes transgenres.

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Je pense que nous sommes tous à l’aise avec le concept d’impact de la recherche. Comme l’a publié Emerald Publishing et défini Julie Bayley (@JulieEBayley), l’impact de la recherche se rapporte aux « effets vérifiables de la recherche sur le monde réel. »

 

Himpact tweet

 

Mais, avez-vous entendu parlé des « grimpacts » (je pense que le terme es issu de la combinaison du mot « grim » —  « sombre », « lugubre » —  et du mot « impact ») ?

Gemma Derrick (Lancaster University), David Budtz-Peterson (Aalborg University) et d’autres collègues ont présenté le concept de « grimpacts » lors de la 23ème Conférence Internationale sur les indicateurs des Sciences et des Technologies, qui s’est tenue du 12 au 14 septembre 2018 à Leiden, au Pays-Bas. Les « grimpacts » sont les effets négatifs de la recherche académique. Les inventeurs du concept donnent trois exemples pour illustrer le concept :

  • En 1998, The Lancet publia un article écrit par Wakefield et ses collègues qui laissait entendre qu’il existait un lien entre le vaccin combiné contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR), et le « nouveau syndrome » de l’autisme et la maladie de Bowel. L’article a depuis été discrédité, retiré de la publication et tous les auteurs, à l’exception de l’auteur principal, se sont rétractés.
  • Le scandale de Cambridge Analytica, qui implique une application, créée en 2014 par les professeurs de cette université, appelée « thisisyourdigitallife », pour faciliter la participation à la recherche académique. Facebook a autorisé l’application à collecter les données des participants consentants, mais aussi de leurs amis et de leurs « followers » sans leur accord.
  • La théorie économique et la crise financière de 2008, qui bien que ne résultant pas de la recherche académique, fut en partie le fruit de chercheurs en économie qui se s’abstinrent de révéler leurs liens avec des institutions financières, tandis qu’ils échouaient à attirer l’attention sur la crise financière imminente.

L’article poursuit en passant en revue les points communs des “grimpacts”. Cependant, je pense que ce qu’il contribue surtout à réaliser, c’est à mettre en exergue les enjeux éthiques des impacts de la recherche, quelque chose qui manque trop souvent dans la poursuite des effets autrement positifs.

En poussant plus loin la critique de la recherche des impacts et de la manière dont elle est construite et pratiquée (reconnaissant également que je la promeus activement à la fois à l’Université de York comme au sein du Réseau Recherche Impact Canada), j’ai inventé le terme « himpact » durant une session de cours « Implementing a National Health Research Strategy » menée par Claire Donovan (Brunel University). Alors que nous avons encore à réaliser une recherche de littérature et à développer une critique formelle des impacts utilisant le concept de « himpact », il est raisonnable d’extrapoler sur la domination bien établie des sujets mâles dans la recherche dans la mesure où les hommes dominent la recherche académique. D’autres ont souligné la sous-représentation des femmes dans la recherche scientifique et cette critique remonte à 1992.

Ces effets de la domination masculine dans la recherche académique peuvent être appelés « himpacts ».

Que les « himpacts » existent ou non, là n’est pas la question. Ce qui nous intéresse ici, c’est que le discours dominant demeure que la recherche académique a des effets positifs. La notion de « grimpacts » a commencé à détricoter cette idée à la fin de 2018 et celle de « himpacts » continue cette critique. Nous considérons trop peu souvent les implications éthiques de la recherche scientifique au-delà des changements de nature des bourses et des effets que celle-ci a (particulièrement en début de carrière) sur les chercheurs et sur la manière dont les institutions sont évaluées.

Les praticiens du Réseau Recherche Impact Canada, issus des universités de York, du Saskatchewan et de Victoria, ont entrepris de répondre aux questions éthiques posées par la recherche scientifique, en développant un nouveau modèle de mobilisation des savoirs adapté au contexte autochtone. À l’Université de York, Michael Johnny (Manager, Knowledge Mobilization) a notamment discuté de cet effort à la Coalition des Centres d’Amitié Autochtones d’Ontario. The modèle de travail basé sur les cultures autochtones n’est pas encore prêt, mais il est le résultat d’un effort important pour défier les règles dominantes en matière de mobilisation des savoirs et d’impacts de la recherche.

 

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