Les partenariats éthiques à long terme avec la communauté et les cours d’un trimestre à l’université : un arrimage réussi

Ce billet d’une collaboratrice externe a été publié initialement en anglais sur le site du Community Engaged Scholarship Institute. Il est reproduit ici avec la permission de l’auteure.

Publié le lundi 30 mars 2020

Par Lindsey Thomson

* Ce billet reprend les éléments d’une communication présentée par Lindsey Thomson et la Dre Melissa Tanti au colloque sur l’innovation (Teaching and Learning Innovations Conference) tenu à l’Université de Guelph en 2019. Le contenu a été adapté par Lindsey Thomson.

L’un des aspects centraux du travail collaboratif effectué par le Community Engaged Scholarship Institute (CESI) pour appuyer la recherche communautaire et le savoir engagé consiste à écouter ses partenaires de la communauté et à connaitre précisément leurs priorités et leur vision à long terme, dans le but d’utiliser le mieux possible, au moment le plus opportun, toutes les forces qui permettent de résoudre des problèmes sociaux complexes.

Le programme du CESI sur l’enseignement et l’apprentissage engagés (Community Engaged Teaching and Learning, CETL) crée des liens entre les étudiant.e.s, les professeur.e.s et chargé.e.s de cours et les organismes de la communauté en intégrant aux cours de tous les cycles l’idée d’un savoir engagé pour le mieux-être de la collectivité. Grâce à des partenariats qui se rattachent directement aux cours ou aux programmes, tous ces intervenants collaborent à la recherche, à la mobilisation des connaissances (MdC) et à d’autres formes scientifiques d’engagement communautaire.

L’un des défis que soulève la volonté de mettre en œuvre, dans la communauté, des connaissances avancées et décisives en les arrimant à des cours relativement brefs est que la vision des partenaires communautaires demande un engagement qui excède de beaucoup les douze semaines d’un trimestre. On sait, d’une part, que des expériences transformatrices d’enseignement et d’apprentissage engagés sont possibles dans cette durée : même quand les trimestres semblent passer à une vitesse folle, nous constatons des effets favorables tangibles sur l’apprentissage étudiant (Morton, Varghese et Thomson, à paraitre). Mais, d’autre part, les groupes en général passent au trimestre suivant avant que la vision communautaire à long terme se soit pleinement réalisée.

Comment faire, alors, pour mettre notre travail de partenariat au diapason des principes du savoir engagé, dans la durée (habituellement) courte et la structure rigide des cours et des programmes offerts à l’université ?

Avec le programme d’enseignement et d’apprentissage engagés du CESI, nous avons partiellement résolu ces difficultés en travaillant avec diligence, depuis plus de cinq ans, au renforcement de relations privilégiées durables avec les personnes et les organismes de notre communauté. Beaucoup de ces collaborations sont devenues des partenariats suivis, qui s’étendent sur différents cours et plusieurs trimestres et auxquels participent des centaines d’étudiantes et d’étudiants.

Bien évidemment, ce nouveau modèle soulève ses propres défis et ouvre ses propres possibilités. J’essaierai ici de décrire quelques-unes des choses que nous avons apprises alors que, apprivoisant ces nouvelles structures, nous nous efforcions de faire naitre un sentiment profond d’engagement communautaire dans le calendrier « à court terme » de la structure universitaire.

  1. Des projets isolés aux phases d’un partenariat

Pour comprendre et réaliser la vision d’avenir de nos partenaires communautaires, il s’est avéré nécessaire de modifier notre façon de penser, et de passer de la planification de projets isolés correspondant à un trimestre de cours à la planification des phases consécutives d’un partenariat s’étendant sur des cours nombreux, dans des formats souvent différents (séminaires, cours magistraux, stages pratiques, etc.). Dans cet esprit, la planification initiale des partenariats a lieu bien avant le début d’un cours donné, et elle comporte explicitement une discussion sur les différentes étapes des plans à long terme de nos partenaires. Règle générale, cela suppose l’établissement d’une liste de nœuds du réseau capables d’accueillir, dans le temps, les étapes multiples d’un partenariat donné : cours compatibles avec l’enseignement et l’apprentissage engagés, autres programmes du CESI (p. ex. le Research Shop) ou programmes conjoints offerts par différents départements de l’Université.

Le fait de bien connaitre la vision d’avenir de nos partenaires et de planifier les cours sur le long terme nous a permis de collaborer avec nos partenaires de façon très suivie, en leur offrant un riche continuum de stratégies d’engagement, en les appuyant tout au long des phases de réalisation de leur vision et en augmentant globalement l’effet favorable de leurs projets sur la communauté.

Pour consolider cette transition, l’un des changements que nous avons faits – anodin, en apparence, mais très important en réalité – a été de modifier le fichier de suivi de nos programmes : nous l’organisons maintenant en fonction de chaque partenaire et de la progression de nos différents partenariats au fil du temps, au lieu d’organiser nos données uniquement selon les codes de cours ou les trimestres. C’est un moyen formidable pour suivre l’évolution des partenariats d’un projet à l’autre, et pour mettre en évidence le type et le niveau des cours les plus faciles à jumeler dans le but d’assurer la continuité de l’engagement.

 

  1. Transition vers la pensée et l’action en réseau

Pour construire des partenariats durables qui associent les cours à la vision et à l’expertise de la collectivité, il a fallu que nous commencions à réfléchir en termes de réseau et que nous développions nos relations dans toute l’Université, avec un grand nombre de personnes et de services. En faisant la promotion de l’apprentissage expérientiel et en réclamant des occasions pour les étudiants de s’y engager, nous avons accentué le mouvement de réseautage sur le campus entre le personnel, le corps professoral et toutes les personnes qui soutiennent l’engagement communautaire d’une façon ou d’une autre.

Le CESI sert souvent d’intermédiaire entre les propositions de partenariat ou les phases des projets à long terme, d’une part, et le réseau protéiforme formé de collègues de tout le campus, d’autre part. En jouant ce rôle de courtier très activement et avec créativité, nous avons pu répondre efficacement aux besoins de la collectivité. À l’interne, le renforcement des liens a également ouvert un espace de réflexion et d’apprentissage qui nous permet, collectivement, de nous interroger sur la viabilité des partenariats communautaires à long terme. Toujours à l’interne, les partenariats solides et le transfert actif de connaissances nous sont d’une aide précieuse dans nos efforts pour provoquer des impacts sociocommunautaires équitables et efficaces – plus encore depuis que les établissements postsecondaires ont pour mandat d’augmenter les occasions d’apprentissage par l’expérience.

  1. « Recherche » et « savoir » : des définitions larges qui priorisent un engagement profond

Pour donner suite à la priorisation de l’engagement profond et des objectifs de la communauté, les collaborateurs et collaboratrices universitaires doivent souvent envisager des activités qui sortent du cadre habituel de leurs recherches et de leur enseignement. Dans le contexte de l’engagement communautaire, la recherche s’accompagne souvent d’activités de mobilisation des connaissances, tout au long des projets et même après. La construction de relations durables suppose, avant même le début des travaux de recherche, un rapprochement avec d’éventuels partenaires communautaires, ainsi que la présence des instances dirigeantes de la communauté dès la planification et l’établissement des priorités, pendant les recherches, puis lors de l’interprétation et de la diffusion des résultats.

De plus en plus, nos partenaires nous demandent des extrants créatifs (vidéos, infographies, p. ex.) et des évènements solidaires (réunions ou présentations publiques, p. ex.) qui diffèrent considérablement des travaux étudiants plus classiques (dissertations, rapports, p. ex.).

L’engagement communautaire authentique et mutuellement avantageux exige que nous, les gens du milieu universitaire, élargissions et enrichissions nos façons de créer et de partager le savoir, que nous reconnaissions la validité d’un éventail plus large d’activités savantes et que nous soyons au fait de la valeur de ces activités pour l’apprentissage étudiant et l’impact communautaire.

  1. La priorité : l’impact dans la collectivité

Dans le contexte du programme d’enseignement et d’apprentissage engagés CETL, la construction de partenariats durables exige que nous veillions sur les résultats d’apprentissage des étudiant.e.s et les impacts sur la collectivité tout au long du partenariat. La compréhension profonde de la vision à long terme de nos partenaires de la communauté et le rappel constant de la place centrale de cette vision dans la collaboration nous garantissent que le temps, l’énergie et les efforts consentis par nos partenaires correspondent bien aux avantages du partenariat de leur point de vue.

En nous engageant de cette façon, nous apprenons en même temps qu’eux ce que cela signifie, de construire des partenariats transformateurs. Nous continuons de cultiver notre réflexion et de cibler nos actions sur l’évaluation des effets, recherchés ou indésirables, de ce labeur bien intentionné. Cela suppose un engagement constant envers la solidité des relations, de même que des communications ouvertes et honnêtes, largement reconnues pour être au cœur d’un engagement communautaire réellement percutant.

Mais plus encore, l’engagement éthique nécessite de la part de l’université qu’elle accepte de se critiquer et d’agir en conséquence. Les partenariats communautaires peuvent nous servir de miroir pour voir nos propres structures, méthodes et politiques, et nous aident également à les orienter pour qu’elles renforcent activement l’apprentissage transformateur et les impacts qui font sens pour la communauté. Quand nous nous efforçons, avec nos partenaires, d’intégrer l’enseignement et l’apprentissage engagés à nos programmes universitaires – délibérément, de façon cohérente et dans une perspective durable –, nous nous rapprochons toujours plus de notre objectif de favoriser l’avantage mutuel et l’apprentissage transformateur de toutes les parties, ainsi que leur impact à long terme sur la société.

En conclusion

Globalement, ces quatre transformations reflètent l’adaptation de notre réflexion et de notre pratique à mesure que nous essayions d’intégrer et de simplifier les partenariats en enseignement et apprentissage engagés, dans l’esprit plus large de la recherche communautaire. Notre souhait est que les quelques idées présentées ici amorcent un dialogue suivi sur l’engagement éthique et critique auprès des communautés, dans le contexte des partenariats rattachés à des cours, mais aussi au-delà.

 

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