Le temps du requiem n’est pas encore venu pour l’impact

À la fin de la semaine dernière, une communication interne du ministère de la Recherche et de l’Innovation du Royaume-Uni a fuité. Publiée dans le bulletin Research Professional News, elle indique que le gouvernement s’apprête à éliminer la section « Trajectoire vers l’impact » (« Pathways to impact ») de tous ses formulaires de demande de subvention, dans le but d’alléger la tâche administrative des candidats, des évaluateurs et des subventionnaires. Choc sismique dans le secteur britannique de l’impact de la recherche, il va sans dire. Mais rassurez-vous, camarades ! Notre travail conserve sa valeur. Mais elle sera mesurée autrement – et plus efficacement.

Cette communication a suscité beaucoup d’activité sur Twitter de la part des intervenants concernés, y compris les nombreux professionnels de l’impact qui contribuent à la structuration du secteur depuis (et même avant) la mise en place du Research Excellence Framework de 2014 (REF 2014), qui marque l’apparition de l’impact parmi les facteurs d’évaluation de la recherche universitaire au Royaume-Uni.

L’article qui rapportait la fuite se terminait sur la remarque que l’évaluation de l’impact est là pour rester, surtout quand on tient compte de l’augmentation de sa valeur, qui est passée de 20 % dans le REF de 2014 à 25 % dans le REF de 2021. En écho à cette remarque, dans un article publié lundi sur le site WonkHE et intitulé A requiem for impact (« Requiem pour l’impact »), James Wilsdon souligne que « cette hausse reflète la maturité du concept d’impact et l’ampleur de son intégration à la culture et à la pratique de la recherche ».

Au Canada, nous n’avons jamais adopté d’approche explicitement centrée sur la trajectoire de l’impact, mais tous nos programmes de subvention fédéraux, y compris en santé, exigent la présentation d’une stratégie d’impact (application, mobilisation ou commercialisation des connaissances) dans une section distincte de la demande de subvention. Toutefois, au sein du programme de financement le plus récent présenté par le conseil des trois organismes subventionnaires canadiens (le Conseil de recherche en sciences humaines, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie et les Instituts de recherche en santé), le Fonds Nouvelles frontières en recherche (dans ses deux volets : le petit, Exploration, et le grand, Transformation) est un programme interdisciplinaire à haut risque et à haut rendement conçu pour relever les défis (c’est-à-dire régler les problèmes) liés à des enjeux majeurs dans le domaine social, économique, environnemental, culturel ou de la santé. Les subventions sont accordées selon la capacité à relever le défi, donc à produire un impact au-delà de la pure érudition.

D’après ce que nous savons à ce jour (les directives et les formulaires ne sont pas encore disponibles pour le volet Transformation), il n’y a pas de stratégie d’impact séparée à présenter : la question de l’impact doit en fait être intégrée au corps même de la proposition. Personnellement, je trouve cette approche excellente, parce que :

  • cela exige que les candidates et les candidats considèrent l’impact comme une composante intégrale de leur projet, plutôt que comme un élément indépendant à plaquer à leur demande de subvention, souvent à la dernière minute ;
  • cela signifie que l’évaluation par les pairs doit se fonder sur le mérite global de la candidature, au lieu d’accorder une subvention à des projets qui, par exemple, sont excellents sur le plan scientifique, mais ne répondent pas aux critères d’excellence en ce qui concerne la stratégie d’impact ;
  • cela vient imbriquer la question de l’impact dans l’ensemble même de la démarche scientifique (ce que les IRS appellent une « approche intégrée de l’application des connaissances ») et, on l’espère, cela réduit le recours aux stratégies d’impact qui reposent sur la diffusion ou la dissémination (ce que les IRS appellent une « approche de fin de subvention »), sachant, sur la foi des études parues sur le sujet, que ces approches ne suffisent pas à provoquer le changement.

Enfin, cela illustre l’idée de Wilsdon voulant que la question de l’impact soit parvenue à maturité et qu’elle soit désormais un élément usuel des politiques et des pratiques dans le domaine de la recherche.

En accord avec Wilsdon, je pressens que l’impact de la recherche est en train de devenir une composante normale du financement et de l’évaluation de la recherche. On aura toujours besoin des professionnels de l’impact et de leurs outils pour renforcer la question de l’impact et l’aider à s’épanouir. Ce qu’on espère surtout, c’est que nous serons intégrés très tôt au cycle de la recherche – et non seulement à la toute fin, comme on le voit dans les systèmes axés sur l’évaluation, tel le REF britannique.

 

 

Written by David J. Phipps, Ph.D., MBA

Executive Director, Research & Innovation Services

Division of Vice-President Research & Innovation, Office of Research Services – York University

 

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