Lauréate du Prix pour le savoir engagé du RIRC 2026 (catégorie maîtrise) : Emily Moore

À propos du projet

Détecter la démence à un stade précoce : pourquoi un dépistage cognitif accessible est une question d’équité

En vieillissant, nous sommes nombreux à remarquer de subtils changements dans notre façon de penser, comme oublier un nom ou égarer un trousseau de clés. Bien que nos médecins de famille fassent un travail remarquable pour prendre soin de nous, une consultation classique en cabinet est tout simplement trop courte pour permettre des tests cognitifs approfondis, et les tests de mémoire traditionnels sur papier ne sont pas conçus pour détecter les changements les plus précoces et les plus subtils de la santé cérébrale. Cela signifie qu’une occasion cruciale d’intervention précoce et de soutien peut passer inaperçue. Pour combler cette lacune, mon projet de recherche teste une solution qui contourne la salle d’attente : un outil de dépistage numérique très précis, conçu pour détecter les tout premiers signes de déclin cognitif, et qui s’utilise entièrement depuis le confort de son domicile.

Au Canada, on estime qu’environ un million de personnes seront atteintes de démence d’ici 2031 (1). La démence englobe plusieurs pathologies différentes, telles que la maladie d’Alzheimer et la démence frontotemporale, qui entraînent chacune des modifications dans la façon dont nous pensons et planifions. Il est frappant de constater qu’au Canada, près d’une personne sur cinq âgée de plus de 50 ans répond déjà aux critères de la déficience cognitive légère (DCL) — un stade précoce crucial du déclin cognitif où des mesures préventives pourraient faire une énorme différence (2, 3). Cependant, les limites des évaluations traditionnelles constituent des obstacles pour les personnes ayant un accès limité aux soins de première ligne, telles que les personnes vivant dans des zones rurales, ayant une mobilité réduite ou ne pouvant pas facilement s’absenter du travail (4).

Afin de mettre le suivi de la santé cérébrale à la portée du grand public, notre laboratoire a mis au point un nouvel outil de dépistage en ligne d’une durée de 15 minutes, utilisant des tâches numériques qui s’apparentent à des jeux cérébraux. Grâce à l’apprentissage automatique (une forme avancée d’intelligence artificielle) entraîné sur des milliers de profils de performance d’individus à tous les stades de la démence, cet outil est conçu pour distinguer le vieillissement normal et sain des tout premiers signes de déclin cognitif. Lors de tests préliminaires menés auprès de 28 participant.e.s, cet outil de dépistage a permis d’identifier les personnes atteintes de démence avec une plus grande précision qu’un test cognitif couramment utilisé (le Mini-Mental State Exam).


Les enjeux de ces travaux me semblent très concrets, car la démence touche presque toutes les familles au Canada. La question de savoir qui bénéficie d’un dépistage, quand et comment n’est pas une simple question technique. Pourtant, elle détermine qui a accès à des soins précoces et qui en est privé. Le dépistage numérique à distance ne peut à lui seul résoudre les inégalités systémiques, mais il constitue un pas significatif dans la bonne direction.


Il reste encore beaucoup à découvrir sur le continuum de la démence, la variabilité de la déficience cognitive légère (MCI) et les facteurs qui protègent certaines personnes et accélèrent le déclin chez d’autres. Mais mieux nous saurons détecter les cas et plus tôt nous pourrons agir, mieux nous pourrons soutenir notre population vieillissante. C’est cette possibilité qui anime ce projet, et c’est la raison pour laquelle je suis fière d’y apporter ma modeste contribution!

Comment pouvez-vous nous aider à faire la différence?

L’impact d’une recherche dépend de ses participant.e.s, c’est pourquoi nous avons besoin de votre aide. Nous recrutons activement des adultes de plus de 50 ans issus de tous les horizons et à tous les stades cognitifs :
• Des personnes dont les fonctions cognitives sont saines et qui ne présentent aucun problème de mémoire
• Celles et ceux qui ont remarqué de légers changements dans leur propre façon de penser
• Des personnes ayant reçu un diagnostic officiel de troubles cognitifs légers ou de tout type de démence

Cette étude se déroulant entièrement à distance, vous pouvez y participer en toute sécurité et depuis votre ordinateur ou votre tablette, où que vous soyez dans le monde. Nous effectuons des suivis au début de l’étude, puis au bout de six et douze mois, afin d’observer comment des facteurs tels que le niveau d’éducation, la santé physique et les liens sociaux influencent la santé cérébrale au fil du temps.

Afin de garantir la réciprocité tout au long de notre recherche, tous les participant.e.s reçoivent leur score cognitif, qui constitue un aperçu significatif de sa participation. En prenant part à cette étude, vous ne vous contentez pas de participer à une étude ; vous nous aidez à construire un outil plus équitable et proactif pour la prise en charge de la démence, qui rejoint les personnes là où elles en sont.

Vous souhaitez participer à ce projet ou faire connaître notre étude à des personnes susceptibles d’être intéressées? Vous trouverez toutes les informations nécessaires et pourrez vous inscrire via le portail de recherche de l’Alzheimer’s Society : https://alzheimer.ca/find-studies/research-study/identifying-early-cognitive-decline-across-dementia-continuum-using-remote-digital

Références utiles :
(1) World Social Report 2023: Leaving No One Behind In An Ageing World. (2023, January 12). Retrieved June 6, 2026, from DESA Publications website: https://desapublications.un.org/publications/world-social-report-2023-leaving-no-one-behind-ageing-world
(2) Livingston, G., Huntley, J., Liu, K. Y., Costafreda, S. G., Selbæk, G., Alladi, S., … Mukadam, N. (2024). Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission. The Lancet, 404(10452), 572–628. https://doi.org/10.1016/s0140-6736(24)01296-0
(3) Mekulu, K., Aqlan, F., & Yang, H. (2025). The mild cognitive impairment window for optimal Alzheimer’s disease intervention. Journal of Alzheimer’s Disease Reports, 9. https://doi.org/10.1177/25424823251370768
(4) Urian, D. M., Gupta, G., Battista, M. E., Wild, C. J., & Owen, A. M. (2026). Early cognitive screening for individuals on the dementia continuum: A novel approach amid current trends. Journal of Alzheimer’s Disease, 110(4), 1547–1559. https://doi.org/10.1177/13872877261424289

À propos de la lauréate

Emily Moore est étudiante de maîtrise de neurosciences au sein du laboratoire du Dr Adrian Owen à l’Université Western, où ses recherches portent sur la détection des changements cognitifs aux stades précoces de la démence à l’aide d’outils de dépistage numériques. Elle participe également aux travaux de ses camarades en utilisant la neuroimagerie pour étudier les troubles de la conscience en soins intensifs. Emily a reçu le Prix pour le savoir engagé du Réseau Impact Recherche Canada 2026 pour son engagement en faveur de la mobilisation des connaissances et son approche axée sur la communauté visant à combler les lacunes en matière de soins de santé. Avant d’entreprendre ses études supérieures au Canada, elle a obtenu un diplôme avec mention très bien en sciences biomédicales à l’université de Sheffield, où elle s’est spécialisée en neurosciences translationnelles et en génomique clinique.

Emily possède une solide expérience dans la communication scientifique et les initiatives de mentorat qui allient recherche universitaire et impact communautaire. Elle siège actuellement au comité de sensibilisation aux neurosciences de l’université Western et démontre son engagement envers le public à travers ses articles publiés dans la newsletter The Dorsal Column et dans le Health Science Inquiry Journal. La passion d’Emily pour la vulgarisation de recherches complexes s’est forgée lors de son passage à l’université de Sheffield, où elle a rédigé des articles pour l’association caritative « Unique Charity for Rare Diseases » en collaboration avec le Centre Julia Garnham et dirigé des programmes de mentorat étudiant au sein du service de sensibilisation. Constamment inspirée par les chercheur.se.s innovants qui l’entourent (ainsi que par sa famille), Emily se consacre avec passion à la traduction de la science complexe en connaissances accessibles, veillant à ce que la recherche sorte du laboratoire pour rejoindre la communauté, afin que chacun puisse en profiter et en tirer profit.