À propos du projet
Évaluation des interactions entre plusieurs espèces pour éclairer la restauration de l’habitat du caribou, menée par les communautés autochtones, dans des paysages exposés aux incendies
Les forêts boréales du Canada subissent une pression croissante. Les activités industrielles, telles que l’exploitation forestière et l’exploitation pétrolière et gazière, combinées à des feux de forêt de plus en plus fréquents et intenses, entraînent une perte et une modification de l’habitat qui ont des répercussions négatives tant sur la faune que sur les communautés du Nord qui dépendent de ces écosystèmes pour leur alimentation, leur approvisionnement en eau et la pérennité de leur culture.
Le caribou boréal est une espèce emblématique du Canada, d’une grande importance culturelle, présente dans tout le nord du pays et dont la survie dépend des forêts boréales. Le caribou se distingue par sa forte dépendance au lichen comme source de nourriture. Or, celui-ci met très longtemps à se régénérer après une perturbation, ce qui rend le caribou particulièrement sensible aux changements de son habitat. Malgré des décennies d’efforts de gestion, le caribou boréal est classé comme espèce menacée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) fédérale, et ses populations continuent de décliner. La gestion actuelle s’est largement appuyée sur des mesures d’urgence coûteuses et à court terme, telles que la lutte contre les prédateurs, la mise en enclos des femelles et l’élevage de conservation, qui ne s’attaquent pas au problème sous-jacent : la dégradation de l’habitat lui-même. Ma recherche visait à déterminer si la restauration de cet habitat (c’est-à-dire le ramener à un état proche similaire à celui précédent la perturbation grâce à des pratiques de remise en état) pouvait être menée efficacement, offrant ainsi une solution à plus long terme. Consciente que les pratiques de remise en état de l’habitat, telles que la replantation, sont coûteuses, je cherche à identifier les approches de restauration les plus efficaces, étant donné que les ressources consacrées à la conservation ne sont jamais illimitées.
En partenariat avec la Première Nation de Fort Nelson (FNFN), dans le nord-est de la Colombie-Britannique, qui mène depuis 2019 des actions de restauration sur le terrain à travers son territoire traditionnel, cette recherche suit la manière dont différentes interventions de restauration influencent les comportements de déplacement des loups et des caribous dans la région à l’étude. Pour ce faire, j’utilise des données GPS provenant d’animaux équipés de colliers émetteurs, ainsi que des pièges photographiques et des relevés écologiques, afin d’évaluer quelles pratiques de restauration sont les plus efficaces. Ce travail est mené en partenariat avec les Gardiens de la FNFN et le personnel responsable des terres, dont les connaissances ancestrales du paysage ont orienté les questions de recherche d’une manière que des équipes à distance ou issues d’institutions n’auraient pas pu faire seules. La FNFN utilise déjà ces résultats pour orienter le repérage continue des priorités de restauration, et les conclusions sont partagées par le biais de méthodes de diffusion communautaires, ce qui les rend accessibles et leur confère un réel impact. En fin de compte, ce projet m’a rappelé que la conservation n’est pas seulement un défi technique, mais aussi un défi social. La recherche la plus efficace ne se fait pas en vase clos, mais dans le cadre de relations réciproques significatives. Lorsque les communautés autochtones, les partenaires gouvernementaux, l’industrie et la recherche travaillent ensemble dès le début, il en résulte non seulement une science de meilleure qualité, mais aussi une science qui est mise en pratique. La FNFN n’est pas seulement un partenaire, mais l’initiatrice de ce travail, car la terre, le caribou et les résultats de ce travail revêtent une importance capitale pour la communauté. Des partenariats significatifs avec les communautés locales et les parties prenantes modifient la nature des questions posées, la manière dont les données sont collectées et, en fin de compte, l’impact qui peut être obtenu. J’espère que ces travaux démontreront que la recherche scientifique visant à produire des résultats concrets et appliqués reste rigoureuse et précieuse, et que la recherche doit être conçue pour répondre aux priorités de la communauté, ce qui conduit à des résultats plus durables que les travaux destinés uniquement à faire avancer des carrières universitaires.
À propos de la lauréate
Margaret Hughes (elle) : Je suis actuellement post-doctorante au département des sciences biologiques de l’université de Calgary, où j’ai également récemment obtenu mon doctorat, en travaillant sur la conservation du caribou boréal dans le nord-est de la Colombie-Britannique, en partenariat avec la Première Nation de Fort Nelson et SwampDonkey Solutions. Mes recherches portent sur les comportements de la faune sauvage et la manière dont la restauration des habitats peut modifier la dynamique prédateur-proie, soutenant ainsi la gestion des terres menée par les populations autochtones dans des paysages altérés par les incendies.
Ayant grandi dans une petite exploitation agricole, j’ai pu constater de mes propres yeux comment la recherche pouvait ne pas parvenir jusqu’aux personnes qu’elle était censée aider, ce qui a façonné une valeur fondamentale qui guide la conception de mes travaux : une recherche pertinente doit être accessible aux personnes qu’elle concerne directement et co-créée avec elles. De plus, en tant que femme scientifique évoluant dans un domaine à prédominance masculine et reposant sur un travail de terrain intensif, j’ai constaté à quel point les barrières structurelles peuvent limiter l’accès aux opportunités et déterminer quelles voix sont entendues dans la recherche. Cela m’a amenée à veiller à ce que des perspectives diverses soient au cœur de la conception et des résultats de mes travaux. Par ailleurs, en tant que colonisatrice diplômée de l’université menant des recherches sur les terres autochtones, je suis consciente du privilège que me confère ma position académique. Ma collaboration avec des groupes autochtones, en particulier la Première Nation de Fort Nelson, m’a appris la bienveillance, l’humilité et la réciprocité nécessaires pour établir des partenariats qui sont véritablement axés sur les priorités de la communauté, plutôt que de se contenter d’extraire des connaissances à des fins de publication universitaire. Ces expériences vécues ancrent collectivement ma conviction que pour avoir un impact, la recherche doit reposer sur une collaboration authentique, l’accessibilité et le respect des divers modes de savoir.
En dehors de la recherche, vous me trouverez en plein air avec ma petite famille d’animaux de compagnie, ou sur le terrain en train de photographier les animaux que j’ai le privilège d’observer, ce qui me rappelle à quel point j’ai de la chance que cela soit devenu mon métier.