À propos du projet
Apprendre ensemble sur le caribou
Depuis des millénaires, le caribou revêt une importance culturelle, spirituelle et économique particulière pour les communautés autochtones. On sait qu’il constitue une source de nourriture essentielle, mais il représente aussi bien plus que cela. Pour de nombreuses communautés, le caribou est lié à l’identité, aux relations, aux responsabilités et aux modes de vie sur le territoire.
Ma thèse de doctorat porte sur le caribou de la toundra, que l’on trouve dans tout le nord du Canada, notamment au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, avec des aires d’hivernage pouvant s’étendre jusqu’au nord du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta. Historiquement, les populations de caribous de la toundra atteignaient environ deux millions d’individus à la fin des années 1980 et au milieu des années 1990. Depuis lors, la taille des troupeaux est en recul continu, sans signe de rétablissement pour la plupart. Bien qu’il montre aujourd’hui des premiers signes de rétablissement, le troupeau de caribous de Bluenose-Est, qui fait l’objet de mes recherches, a vu sa taille diminuer d’environ 90 % au cours de la dernière décennie. Ce troupeau se déplace à travers un vaste territoire couvrant plusieurs territoires et est lié à de nombreuses communautés et instances de cogestion, notamment dans les communautés avec lesquelles je travaille : Délı̨nę, Wekweètì et Kugluktuk.
Au Canada, le rôle des savoirs autochtones dans la gestion du caribou a été renforcé grâce au travail de longue haleine mené par les communautés autochtones, les comités de cogestion, les détenteur.rice.s de savoir et les chercheur.se.s. J’espère contribuer à une meilleure compréhension de la manière dont ces savoirs peuvent passer de la simple reconnaissance et discussion à une utilisation plus directe dans la prise de décision, en élaborant des outils et des indicateurs ancrés dans les priorités des communautés.
Un volet essentiel de ma recherche consiste à apprendre aux côtés des communautés afin de documenter les savoirs autochtones et d’élaborer conjointement des indicateurs relatifs à la santé du caribou, à l’environnement et aux changements socioculturels. Ces indicateurs peuvent aider à décrire ce que les gens observent sur le terrain, chez les animaux et dans l’environnement. Ils peuvent également devenir des outils pratiques qui soutiennent les décisions de cogestion en répondant mieux aux priorités des communautés.
Mais pour moi, cette recherche ne se limite pas aux indicateurs, aux politiques ou aux outils de gestion. Elle porte également sur les relations. Mes travaux de recherche m’ont permis de nouer des liens avec des personnes et des détenteur.rice.s de savoir à Délı̨nę, dans la région des Tłı̨chǫ et à Kugluktuk. Ces relations se sont construites dans le cadre de la recherche, mais aussi au-delà des limites formelles de celle-ci. Grâce à elles, j’ai eu le privilège d’apprendre non seulement les réalités écologiques auxquelles sont confrontées les populations de caribous, mais aussi les dimensions culturelles, spirituelles et éthiques de la vie autochtone dans le Nord.
Ces expériences m’ont transformée en tant que personne. Elles m’ont appris que la recherche n’est jamais dissociable du contexte dans lequel elle s’inscrit. Je pense que la recherche doit commencer par le respect, l’humilité et la volonté de se laisser façonner par les personnes avec lesquelles on travaille. Pour moi, une recherche éthique consiste à honorer les savoirs et les priorités des communautés autochtones et à veiller à ce que les résultats soient utiles, accessibles et en phase avec leurs visions pour l’avenir.
Certaines des leçons les plus enrichissantes m’ont été apportées par le temps passé au sein des communautés, au-delà des entretiens, des réunions ou des activités de recherche formelles. Être présente dans les moments du quotidien, contribuer là où je le peux et apprendre à travers ces moments partagés m’ont aidée à tisser des liens, à instaurer la confiance et à nouer des amitiés durables. Ces expériences m’ont permis d’acquérir une compréhension plus ancrée des traditions locales, des responsabilités et des modes de vie sur le territoire. Elles m’ont également montré que le savoir ne se transmet pas uniquement par les mots. Le savoir se transmet à travers les relations, les expériences partagées et le temps que les gens passent ensemble.
Entretien avec l’aîné John Kapakatoak de Kugluktuk
À propos du lauréat
Amish Dua (il) est doctorant à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Calgary. Ses recherches consistent à collaborer avec plusieurs communautés autochtones du Nord afin de documenter les savoirs autochtones et d’explorer les moyens de les utiliser de manière plus pertinente dans la prise de décision concernant la cogestion du caribou de la toundra. Ses travaux actuels portent sur le troupeau de caribous de Bluenose-Est et s’appuient sur les relations qu’il entretient avec les communautés de la région de Tłı̨chǫ, de Délı̨nę et de Kugluktuk.
Avant d’entamer son doctorat, Amish a mené ses recherches de maîtrise auprès de la communauté de bergers Palsi dans l’ouest de l’Himalaya, en Inde, où il a documenté les savoirs locaux concernant l’évolution des paysages himalayens et les relations entre les populations, le bétail, la faune sauvage et le territoire. Ce travail a forgé son intérêt pour la recherche participative et pour la compréhension de la manière dont les expériences vécues par les populations peuvent éclairer les réponses apportées aux changements environnementaux.
Tout au long de son parcours de chercheur, Amish a été attiré par les travaux situés à la croisée de l’écologie, de la culture et de la prise de décision. Il s’intéresse à la manière dont la recherche peut dépasser le cadre des publications universitaires et contribuer à des processus utiles, accessibles et ancrés dans les priorités des personnes les plus directement liées aux terres et aux animaux étudiés. En dehors de la recherche, Amish aime cuisiner et partager un repas avec d’autres, passer du temps en plein air et apprendre des nouvelles personnes et des nouveaux lieux qu’il a le privilège de découvrir.